Suite de l’émission des Maternelles !
Sommaire « Suis-je prête à être mère ? »
1- Intro et interview d’Isabelle Tilman, psychothérapeute et auteur
2 – Pauline se pose des questions sur une éventuelle future grossesse
3 – Pourquoi fait-on des enfants et quand est-ce qu’on décide d’être mère ? par un philosophe et une historienne
4 – Maud, maman qui avait peur de la transmission de ses peurs
5 – Isabelle, ses angoisses et celles de son mari avant d’être parents
6 – Trois livres sur le sujet
7 – Et sur Internet ?Nathalie Le Breton : Faire confiance, ça va faire écho probablement à votre histoire [...]
Maud est la maman d’une petite fille de 20 mois. Victime d’un viol il y a huit ans, elle a rencontré son compagnon actuel un an après et a démarré une thérapie à peu près au même moment. Elle prend conscience qu’elle va devoir raconter cette histoire à son futur enfant. A peu près trois ans après leur rencontre, son ami lui a dit qu’il était prêt à avoir un bébé.
Mais Maud avait un problème de santé qui lui a fait envisager la maternité avant « d’être prête ».
Extraits :
« pour être une mère épanouie il fallait que je m’accepte en tant que femme et que je m’émancipe et que je m’assume en tant que femme ».
« Peur de la transmission, peur de la fatalité, peur de transmettre quelque chose de nocif ».
« Quelle genre de mère je pouvais être ? suffisamment contenante, capable de protéger ma fille sans la surprotéger »
Maud explique en quoi la psychothérapie lui a été bénéfique (angoissée suite aux angoisses de sa mère par rapport à son passé et qu’elle a projeté sur ses enfants). –> Importance de travailler sur son passé.
Daphné Bürki : Quelle importance de travailler sur son histoire ?
Isabelle Tilmant* : ce n’est pas nécessaire de faire une psychothérapie pour devenir mère, non. Faire une psychothérapie c’est une manière de se connaître. Quand on a éprouvé de la souffrance, de la difficulté, ça permet de revisiter toute son histoire.
J’ai apprécié sa réponse car pour certains, un travail psy est limite indispensable. Je suis à 100% d’accord que dans certains cas, un psy aide à avancer. Quand je pense psy, je ne pense pas forcément un RV hedbo pendant 10 ans, mais quelques bonnes discussions avec quelqu’un qui sait écouter et nous guider dans une auto-réflexion.
Daphné Bürki : Quels sont les risques de ne pas se confronter à ses fantômes ?
Isabelle Tilmant : Y’a le risque de reproduire malgré soi certaines choses. Quand on a eu une mère qui n’était pas adéquate probablement parce qu’elle-même a eu des souffrances et des carences, on a cette crainte de reproduire ce même comportement. Pour contrer cela, la fille va essayer de devenir parfaite. Elle ne va pas se donner le droit à l’erreur, elle va avoir une trop grande exigence envers elle-même. Mais comment envisager de devenir mère en ne s’accordant pas le droit à l’erreur ? Parce qu’être une mère c’est finalement tatonner, chercher. D’ailleurs la mère parfaite n’existe pas et si elle existait ce serait son plus grand défaut.
Maud précise que la perfection peut être un spectacle angoissant pour les enfants.
C’est marrant car j’ai une tendance à rechercher la « perfection » et finalement c’est mon nouveau boulot qui m’a fait avancé sur ce sujet / handicap. Aujourd’hui j’arrive plus à me dire que faire du mieux possible c’est déjà beaucoup et ça suffit. Pas besoin de culpabiliser et il y a toujours possibilité de faire mieux / plus, mais est-ce réellement utile ?
Daphné Bürki : Pourquoi l’enfance remonte toujours à la surface quand on essaie de devenir mère ?
Isabelle Tilmant : Parce que l’idée de la grossesse et de la maternité nécessairement fait revenir à la surface tout le vécu qu’on a soi-même vécu. Y’a tous les souvenirs d’enfance conscients mais y’a aussi tout ce que la femme a vécu quand elle était dans le ventre de sa mère et quand elle était bébé. Tout ça revient et c’est très difficile de pouvoir contrôler tout ça. Au contraire c’est en redonnant la place, en faisant les liens avec les angoisses. #il doit manquer « qu’on arrive à les maîtriser »#
Daphné Bürki : Et c’est pareil quand on veut devenir père ?
Isabelle Tilmant : Oui mais y’a pas le fait de porter l’enfant. Toute l’histoire du père, tout ce que lui-même a vécu en étant enfant, intervient aussi.
Evidemment ça m’a renvoyé à la conférence et au livre du docteur Reynes » Souvent on aurait tendance à prendre nos souffrances et agir à l’inverse de nos parents. Or ce n’est pas toujours ce qui est le plus juste pour l’enfant. »
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[...] Nathalie Le Breton : Maud se lance dans une future grossesse mais sans résultat. Vous dites que vous avez énormément discuté avec votre compagnon. En quoi toutes ces discussions ont fini par vous rassurer ?
Maud : « Déjà c’est en parler à deux. On fantasme quelque chose chacun de notre côté. Pour qu’il arrive à me dire qu’il voulait un enfant il y pensait quand même énormément. Ce n’est pas rien. C’est quelqu’un qui mine de rien est assez cérébral, donc la place du père, devenir père, il a vraiment réfléchi. Du coup, ça concrétise les choses, on en parle à deux, on confronte nos deux conceptions de la paternité, de la maternité. Est-ce qu’on fait un enfant pour les bonnes raisons ? Pour nous aussi c’était extrêmement important. Ok j’ai des problèmes de santé mais on ne fait pas un enfant pour ça. On fait un enfant pour des bonnes raisons. Je me suis rendue compte qu’il était presque plus apaisé que moi car lui c’était réfléchi. Moi je n’osais pas trop y réfléchir honnêtement car je ne savais pas s’il allait me dire qu’un jour il en avait vraiment envie.
Ah, on y revient aux bonnes raisons… Quand je dis que le mariage est finalement un exercice (comme un autre, possible mais pas indispensable) à la parentalité !
Nathalie Le Breton : Et le fait qu’il était apaisé, ça vous a apaisé ?
Maud : oui, il m’a montré que c’était un projet à deux. C’est un projet qu’on a fini par construire tous les deux.
Puis elle raconte comment la stimulation ovarienne les a rapprochés et les a soudés. Juste après avoir signé pour la FIV (responsabilité de devenir parents), ils se sont pacsés. Tout ça les a portés et elle est tombée enceinte une semaine avant la FIV.
Bien sûr dans certains cas des femmes tombent enceinte contre leur volonté. Mais la place du « psychologique » est sûrement plus importante qu’elle n’y paraît au premier abord !
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Daphné Bürki : Comment on explique le déclic ?
Isabelle Tilmant : Le déclic, c’est un peu comme une fleur qui est en bouton, c’est-à-dire que tout est mûr puis après il y a le dernier élément qui permet à la fleur de s’ouvrir. Cet élément peut être différent à chaque fois. Pour pouvoir bien vivre une grossesse, c’est important d’avoir une représentation maternelle positive à l’intérieur de soi. Le travail de psychothérapie est une façon de pouvoir intégrer…
Les deux parents de Maud ayant également fait un travail analytique, ça la rassurée sur le fait d’être une bonne mère.
Isabelle Tilmant : Quand je parlais de cette représentation maternelle positive, ça peut être sa propre mère, le père, quelqu’un d’extérieur. Chez toute mère, même s’il y a eu des choses qui étaient difficiles, il y a des choses positives qu’elle a transmis. Le fait de les voir dans cette évolution, disponibles pour des grand-parents pour votre enfant…
Ce sont ses parents qui l’ont poussé sa soeur et elle à en apprendre plus sur elles afin de ne pas reproduire les mêmes erreurs.
Le terme de « déclic » me parle. Car avec la contraception on « choisit » le moment « où on va laisser faire la nature ». Je trouve que le déclic, quand il a lieu, est un peu magique car il sort « d’on ne sait trop d’où »… Parfois il s’explique, parfois on n’est pas vigilent et il ne s’explique donc pas… Parfois il est radical, parfois c’est une lente évolution…
Vouloir des enfants un jour + déclic = désirer des enfants « dès que possible »…
A suivre !
Et vous, vous avez / connaissez des gens qui ont suivi une psychothérapie pendant leur grossesse ?
Vous savez quand a eu lieu le déclic si déclic il y a eu ?
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* Isabelle Tilmant, psychothérapeute et auteur des ouvrages Epanouie avec ou sans enfant, publié aux éditions Anne-Carrière en 2008 et Ces femmes qui n’ont pas d’enfant, paru chez De Boeck en 2010.